L'occitan : qu'es aquò ?

L'occitan : Qu'est-ce que c'est ?

Image de l'occitan

Cette page reprend le livret « L’occitan : qu’es aquò ? », écrit par Pierre Marcilhac (1941–2024), figure engagée de la cause occitane. Le texte est conservé intégralement ; seules les illustrations ont été mises à jour.

Ce livret a été conçu pour faire découvrir l’occitan à tous : visiteurs, nouveaux arrivants, mais aussi habitants de la région qui ont parfois perdu le lien avec leur langue et leur culture.

Pierre Marcilhac, ancien animateur et trésorier de l’Institut occitan de l’Aveyron, a consacré une grande partie de sa vie à transmettre la langue, les traditions et l’histoire du Rouergue et de l’Occitanie.

En publiant ce livret ici, nous souhaitons à la fois lui rendre hommage et offrir une bonne introduction à la culture occitane, à travers ses mots simples, clairs et accessibles.

L'occitan : qu'es aquò ?

Ce petit livre a pour but d’aider toutes celles et tous ceux pour qui occitan, langue d’Oc, Occitanie, restent des termes confus, imprécis ou méconnus.
Il sera utile aux touristes, visiteurs, nouveaux habitants, mais aussi à bon nombre d’occitans qui ont perdu tout repère par rapport à leurs racines.

L’occitan : qu’es aquò ? Et oui, qu’es aquò, et non pas “qu’es aco” ou encore “quezaco”, a été introduit dans le dictionnaire de la langue française au XVIIIᵉ siècle. L’occitan est une langue avec une grammaire, une conjugaison, au même titre que l’anglais ou l’italien. Nous pouvons donc traduire : “l’occitan : qu’est-ce ?”.


Territoire des pays d’Oc

L’Occitanie s’étend au sud d’une ligne qui joint Bordeaux à Briançon et passe sensiblement au nord de Limoges, Clermont-Ferrand et Valence. Elle englobe les hautes vallées du versant italien des Alpes du Sud, entre en Espagne avec le Val d’Aran et côtoie le Pays Basque et la Catalogne, de part et d’autre des Pyrénées. Le terme “Occitania” existe depuis le Moyen-Âge. Aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, l’administration française l’emploie pour désigner le pays où est parlée la langue d’Oc. Le territoire concerne aujourd’hui six régions (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Provence Alpes Côte d’Azur, Limousin et Auvergne et en partie Rhône Alpes) et englobe 32 départements pour une population de 13 millions d’habitants.

Apogée et déclin

La langue



L’Occitanie est le pays où le oui se traduit par le mot “òc” (prononcer o ouvert) par opposition aux pays de langue d’“oïl”. Cette langue s’est formée à partir du latin avec l’apport des langues des divers occupants de ce territoire depuis 5 000 ans (Peuples préceltiques, Wisigoths, Arabes). Les premiers signes écrits de l’occitan apparaissent dans des chartes du XIᵉ siècle, et la langue orale doit être en réalité constituée depuis le IXᵉ siècle.

La langue occitane, qui fait partie des langues latines (ou romanes) comme l’italien, le roumain, le catalan, le castillan, le français, le portugais, etc... est considérée comme une des plus proches du latin.

Sur le territoire occitan sont présents six dialectes (ou variétés de la langue) : languedocien, gascon, provençal, auvergnat, limousin et provençal alpin. La langue parlée en Aveyron est le rouergat, un sous dialecte du languedocien.

Au Moyen-Âge, les troubadours portèrent au plus haut la littérature d’Oc. Ils chantent l’amour (“fin amor”) et la femme. Ceci va perdurer jusqu’à la fin du XIVᵉ siècle et influencer les autres cultures d’Europe.

La graphie portugaise est inspirée de la graphie de l’occitan. Richard Cœur de Lion écrit des poèmes en occitan. Dante hésite entre l’occitan et sa langue pour écrire la Divine Comédie. Le mot amour est passé de l’occitan au français… etc…

L’Édit de Villers Cotterets en 1539 qui impose le “vulgaire français” dans tous les actes publics du royaume sera inégalement suivi, mais il aura pour effet l’éradication de la norme d’écriture avec la fin de l’usage administratif de la langue.

La littérature connaîtra un autre temps fort à l’époque baroque des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles (Goudouli, Ader...) mais après Pey de Garros, la langue écrite utilise la graphie française.

Particularités dialectales

Dans le nord de l’Occitanie



- les “ca” et “ga” deviennent “cha” et “ja” :
vaca = vacha, camisa = chamisa,
gauta = jauta, desrengat = desrenjat.
- des z de liaison sont souvent employés “de z’elas”
- le démonstratif “aquo” devient “quo” ou “quo”
- l’article indéfini “uni - una” se transforme en “in/na” ou “n’na”
- le languedocien devient un i : “la hemna”,
lo “hilh” (hilh de puta)
- transformation des terminaisons en th, ou t : “es bèth” = “es bèra”,
“es bèth”, “es bèla” = “es bèra” ;
“la sal” = “la sau” ; “la lua”
- disparition de consonnes (c, n, m, d) dans le mot :
quatre = quate, la luna = la lua

La Gascogne



- una comba = una coma,
- modification du r : riu = arriu.
- fenestra = finèstra
- particules énonciatives devant le verbe :
parlas ? = e parlas ?
- cantas plan ! = be cantas plan !
- canti = que canti

La Provence



- une seule forme (lei/leis devant voyelle) pour los, las qui parfois s’écrit et se prononce li
- ouverture fréquente du e ; Per = pèr.
Provença = Provença
- ó remplace souvent o devant n : long = lóng
- iá se prononce ié
- le v se prononce v
- consonnes finales souvent muettes
- la première personne du singulier peut être en é, í, même ò
- le í final se moule en é. sól = sóu, pel = pev
- mots : puòi = puòi, nuèch = nuòch
- le n’ devient négation et remplace “pas”

Révolution et temps modernes

Jusque vers 1830 la langue orale n’est que peu touchée. Elle est la langue de tous, même si quelques lettrés, bourgeois ou notables la pratiquent peu. Mais elle est déjà dépréciée sous le nom de patois. La Révolution Française s’est un peu essayée à des écrits politiques en occitan, mais sa phase autoritaire jacobine a condamné les “idiomes locaux” comme faisant partie de l’ancien régime et nuisibles à l’unité nationale. L’enseignement ignorant l’occitan doit se faire en français…

Le “patois” devient donc à partir de ce moment synonyme de mœurs anciennes et d’ignorance, et cela rentre si bien dans la tête des gens que beaucoup souhaitent que leur langue soit abandonnée par leur descendance. On n’aura pas d’efforts à faire, la conscription et l’instruction publique obligatoire les aideront dans ce souhait. Pratiquement dans toutes les écoles de village le maître “lo regent” a pour tâche d’éradiquer la parole occitane (comme la bretonne, la basque, la catalane, etc). Un système de délation – punition, le signal, est mis en place pour y parvenir, et ne cessera que vers 1920-1930.

Mais toute attaque connaît une réaction et entre la Révolution et 1850 se développent des mouvements en faveur de la langue d’Oc. Auguste Fourès, Joseph Roumanille. Frédéric Mistral obtient en 1904 le prix Nobel de littérature pour son œuvre mais il faudra attendre les années 1930 pour que la Société d’Études Occitanes restaure la norme graphique prévue depuis près d’un siècle.

Dans la deuxième moitié du XXᵉ siècle on assiste à une réelle revitalisation de la littérature avec des gens comme René Nelli, Jean Larzac, Jean Boudou, Yves Rouquette, Max Rouquette, et Robert Lafont, Bernard Manciet, et de nombreux autres. Le théâtre vit aussi une renaissance avec eux.

Alranq et tous les gens du théâtre de la Rampe, puis de la Carrièra. Mais c’est certainement dans la musique et la chanson que le renouveau est le plus spectaculaire. Dans les années 70 des gens comme Claude Marti, Mans de Breish, Rosina de Peire, donnent le départ ; et ça n’arrêtera pas. La production est importante, riche, novatrice et séduit de plus en plus de jeunes avec les Nadau, Massilia Sound System, Los Fabulous Trobadors, les Dupain, etc...

Une France bâtie sur des conquêtes

La France avec ses frontières naturelles des Pyrénées, de la Mer Méditerranée, des Alpes et du Rhin est une construction artificielle. C’est un état qui s’est constitué par l’annexion et l’assimilation des peuples : Basques, Catalans, Bretons, Flamands, Alsaciens et bien sûr Occitans, sans parler des Corses et de tous les peuples des Dom Tom. Michelet l’historien écrit “La vraie France, celle du nord” ! Et plus tard en 1970 ces écrits de Sanguinetti : “L’existence de la France n’est pas naturelle”.

La communauté occitane n’a malheureusement pas pu connaître d’unité politique et administrative le long des siècles. Mais des mouvements et des évènements portent les marques d’une profonde unité, qui veut continuer de vivre et de faire évoluer sa culture dans le respect de sa diversité.

Unité politique



C’est le royaume des Wisigoths dont la capitale se déplace de Bordeaux à Toulouse et Arles. De l’originalité d’une civilisation issue des apports Ligures, Ibères, Grecs, Celtes, Romains et Wisigoths naît un type d’homme qui ne se réduit pas à un archétype franco-français.

Carte des langues de France

Unité de culture



Le Sud est appelé “gallia romana” en opposition à la “gallia barbara” du Nord. Les Romains ont amené leur architecture (arènes de Nîmes, Pont du Gard, etc... mais aussi la tuile creuse, dite canal) leur langue et leur droit. Le Nord restera de droit coutumier, l’Occitanie de droit écrit.

Le français sera la langue romane la moins romane alors que l’occitan restera la plus proche du latin. Les “barbares” Wisigoths s’étaient largement romanisés, civilisés en passant par l’Italie.

Les Francs après avoir occupé la grande plaine qui va de la Mer du Nord au Massif Central (appelée pour cette raison France) convoitent le sud. Clovis fraîchement converti au Christianisme décide de punir les hérétiques Wisigoths et les Romains qui ont persécuté les premiers chrétiens : il bat les Wisigoths à Vouillé en 507. Mais les Francs ne s’installent pas en Occitanie. Ils se contentent d’en piller périodiquement les régions méridionales. Lorsque les Arabes remontant d’Espagne intègrent l’Occitanie, les Francs voyant leur conquête menacée réagissent. Charles Martel entreprend une nouvelle expédition. Les questions de religion ne sont pas les préoccupations premières des gens d’Occitanie ; la menace des Francs est plus importante alors que jusqu’en 721 les relations avec les Arabes étaient bonnes. En 732 Martel bat les Arabes à Poitiers avec l’aide d’Eudes Duc d’Aquitaine qui avait obtenu la paix en 721 en mariant sa fille à un chef Berbère. Charles Martel atteint la Méditerranée en 737 et réduit la dernière résistance des Occitans en 739 à Narbonne.

Derrière lui, quand il remonte en France, ce n’est qu’un désert brûlé et pillé. Charlemagne continuera la “Reconquista” et décidera en 806 à Thionville de découper son empire en trois nations ; dont l’Occitanie, royaume de Louis. Mais en 842 à Verdun ce découpage est bizarrement remplacé par un découpage en bandes verticales. C’est peut-être là que s’est joué le sort de l’Occitanie.

Au début du XIᵉ siècle les Comtes de Toulouse, les Ducs d’Aquitaine et les Rois d’Aragon, Comtes de Barcelone dominent le pays. Leur autonomie va être mise à mal par la croisade contre les albigeois. Quel est ce pays et ce peuple qui prétendent et remettent en cause la religion catholique, ses dérives et ses privilèges ? Où même les femmes osent s’occuper de religion ?

Une croisade est donc lancée par le Pape Innocent III en 1209, menée par le redoutable Simon de Montfort qui commencera par s’illustrer à Béziers le 22 juillet, où toute la population est massacrée : “tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens”. En 1213 c’est la défaite de Muret où le Roi d’Aragon est tué par les croisés, alors qu’il était venu soutenir Raimond VI le comte de Toulouse. Cette conquête de l’Occitanie par les Francs sera présentée dans l’histoire de France sous le seul angle d’une victoire sur les musulmans maures. Les massacres et les pillages vont durer jusqu’à la disparition des derniers cathares, brûlés vifs (220) à Montségur en 1244. Le pays occitan ne se relèvera pas de ces pillages, destructions et carnages. Le Languedoc passe sous le contrôle des rois de France.

La Guerre de cent ans voit le départ des Anglais de l’Aquitaine. La Provence est rattachée à la France en 1481 et c’est le Roi de Navarre qui devient Roi de France.

Les siècles suivants verront la lutte des Français contre le protestantisme qui se développe au Sud. Partout des révoltes paysannes éclatent (les Croquants avec Joan Petit à Villefranche de Rouergue) qui s’en prennent aux collecteurs d’impôt.

"Joan Petit que dança", littéralement "Jean Petit danse". Le titre fait référence au supplice de la roue, au cours duquel les membres du condamné sont brisés un à un. Un supplice que subit Jean Petit, l'un des chefs de l'insurrection des croquants de 1643, une révolte populaire contre la fiscalité et le pouvoir politique.

À la Révolution, l’Occitanie a perdu jusqu’au souvenir de son unité culturelle et linguistique. Le pouvoir est français et les Occitans une fois encore sont soumis. Une ultime tentative de création d’une république fédéralisée qui irait de Bordeaux à Lyon est vite matée dans le sang par le pouvoir central. Le jacobinisme napoléonien l’emporte (et perdure encore). Le pays occitan est divisé en départements et sombre dans le provincialisme.

Malgré un renouveau culturel la majorité des occitans entrent dans le creuset de l’uniformisation (école du signal, adhésion à l’idéologie patriotaride, recherche de promotion sociale) qui menace l’identité occitane. Une grave crise économique commence à toucher le monde agricole. Dès le début du XIXᵉ siècle, l’importation de blés russes en 1815 ruine l’économie du Haut-Languedoc “grenier à blé de la France”. La conquête de l’Afrique du Nord et sa colonisation entraînent la disparition de la culture du “poulard d’Auvergne” remplacé par les blés durs algériens dans la confection des pâtes alimentaires. Ce seront aussi les vins algériens qui seront en partie la cause des soulèvements des vignerons de 1907 menés par Marcelin Albert : manifestation à Montpellier le 9 juin où participèrent 1 million de personnes.

Le 20 juin l’armée tire sur la foule : il y a des morts. Le 21 les soldats du 17ᵉ RI se mutinent et défilent crosse en l’air. 7 ans plus tard Occitans et Bretons se feront massacrer sur les champs de bataille du nord pour reprendre l’Alsace et la Lorraine germaniques aux Allemands au nom des frontières naturelles. La crise dans la viticulture engendrera de nouvelles manifestations en 1970… s’est-elle vraiment arrêtée ?

La crise ne s’arrête pas à l’agriculture. Le monde ouvrier est durement touché. Les centres industriels occitans ferment les uns après les autres (grèves des mineurs de Decazeville ou gantiers de Millau)

L’Occitanie trouvera-t-elle enfin sa place dans la société du troisième millénaire ?

L’Estivada 2025

Et ici, et aujourd’hui…

Aujourd’hui il semble que la majorité des occitans prend conscience de la richesse de sa langue et de sa culture.

Il n’y a qu’à voir la réussite de tous les festivals qui naissent un peu partout (L’Estivada de Rodez étant certainement un des plus riches).

De nombreuses personnes souhaitent réapprendre cette langue, chanter dans cette langue, mais les formateurs manquent.

Nombreux sont aussi ceux qui souhaiteraient que leurs enfants puissent se réapproprier la langue que leurs parents ou grands parents ont eu honte (vergonha) de transmettre, mais l’Éducation Nationale se fait tirer l’oreille.

Nos Présidents de la République, chaque fois qu’ils vont à l’étranger n’en finissent pas d’encourager (les autres) à la diversité culturelle.

Mais dans notre pays, rien n’est fait.

Le français reste la langue de la république, d’après l’article 2 de la constitution, même si à l’article 75 sont reconnues les langues régionales comme faisant partie du patrimoine. La France n’a toujours pas ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires du conseil de l’Europe.

Pendant ce temps, en Europe, la Catalogne reconnaît comme langue officielle avec le Catalan et le Castillan, l’occitan parlé par quelques personnes dans le Val d’Aran. Chez nous malgré la demande l’occitan ne cesse de régresser du fait de la mauvaise volonté de l’Éducation Nationale. Les demandes d’options d’occitan dans les lycées ou collèges ne sont pas prises en compte. Les émissions en Occitan à la télévision se limitent à quelques minutes le samedi soir sur FR3 plus une demi-heure environ le dimanche matin (quand elle n’est pas supprimée et remplacée par du sport !) et pas partout.

Dans l’Aveyron existent, par exemple, deux calandretas* (Rodez et Millau) et des sites bilingues en école publique (Saint-Affrique, La Primaube, Baraqueville, Villefranche et Millau), plus un peu de sensibilisation assuré par une association occitane départementale (ADOC 12).

… Et demain

Mais les choses bougent et ne pourront pas ne pas évoluer. Les États centralistes sont de plus en plus isolés dans l’Europe.

À Carcassonne, le 22 octobre 2005, 12 000 personnes venues de toute l’Occitanie défilent dans les rues pour demander plus de reconnaissance et de moyens pour l’occitan. C’était inespéré en 2009 ils seront 20 000.

Les Régions occitanes commencent à travailler ensemble, en cohésion, les budgets octroyés augmentent. 70% des habitants des régions occitanes se disent favorables à l’enseignement de la langue et jamais les cours d’adultes n’ont eu autant de demandes. La création littéraire et artistique est de plus en plus ambitieuse mais doit se battre avec les médias préoccupés de parisianisme.

La manifestation Anem òc à Carcassonne en 2005

La croix occitane

La croix n’est pas obligatoirement un symbole religieux puisque on en trouve bien longtemps avant la manifestation de Jésus Christ sur terre, ainsi l’“ankh” égyptien ou la petite croix celtique trouvée sur une mosaïque à Nissan les Ensérune dans l’Hérault.

La croix occitane, longtemps appelée croix de Toulouse, est définie en terme héraldique ainsi : “De gueules à la croix d’or alésée, pattée, vidée et pommetée de trois pièces à chaque branche”.

Pour certains, cette croix pattée serait venue de Byzance par l’Italie du Nord (on la retrouve sur un sceau de la famille de Venasque en 1094.

Le mariage de Guilhem Taillefer de Toulouse avec Emma de Provence assura la transmission de cette croix au Comte de Toulouse et donc, par là même, à quasiment tous les pays de “lingua Occitana”.

C’est sous Raymond V, comte de Toulouse et marquis de Provence dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle que sont frappés les premiers deniers “raimondencs” à la croix occitane.

On va retrouver des représentations de croix occitane plus ou moins stylisées sur des stèles discoïdales des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles du Rouergue à la Catalogne en passant par le Lauragais.

S’agissant de la symbolique certains pensent au disque solaire représenté dans les plus anciennes civilisations, le culte solaire étant universel.

D’autres ont vu dans le chiffre 12, représenté par le nombre de pommettes, un symbole cosmique, que l’on retrouve dans l’apocalypse de St-Jean.

Parmi les modèles semblables (archétypes) il convient de citer la croix de Tourfan dans le Turkestan chinois qui remonte à l’Église Nestorienne (VIII–IXᵉ siècles). Les croix grecques trilobées utilisées par les Coptes dès le IIIᵉ siècle font penser à la croix occitane.

L’art wisigoth offre des représentations de croix pattée, c’est-à-dire avec des branches s’élargissant.

Pour d’autres, enfin, la croix occitane serait une simple croix pattée dont les pommettes auraient pour origine le rivetage sur l’écu d’un croisé, en l’occurrence, Raymond IV.

C’est en tout cas aujourd’hui, après presque 2 000 ans d’existence, le symbole indiscutable de l’ensemble de l’Occitanie, puisqu’elle est associée à la Provence, au Languedoc et aux régions Midi-Pyrénées et Aquitaine.

C’est une “marque” d’identité de la culture occitane, qui a su résister à la mode des logos chère à notre époque. On a vu à ce sujet le tollé général qu’a suscité la modification de l’emblème de la région Languedoc Roussillon.

Puisse-t-elle cette magnifique croix occitane vivre encore 2000 ans.

Toponymie et Patronymes

Cette langue occitane reste (et restera) toujours bien vivante dans les noms de lieu et les noms de famille.

Tous les noms de lieu d’Occitanie sont occitans, comme tous les noms de lieu de Bretagne sont bretons, les noms de lieu de Catalogne, catalans, etc... Malheureusement l’administration française a essayé souvent par méconnaissance, de franciser tous ces noms. Ainsi Milhau est devenu Millau, Marcilhac est devenu Marcillac... Mais l’État centralisateur a tenté de franciser les noms de lieu, parfois d’ailleurs d’une façon ridicule ! Ainsi sur le Causse Méjean on trouve une commune baptisée St-Pierre des Tripiers, certainement rien à voir avec des fabricants de trénels*, mais plutôt à des miséreux qui s’efforçaient à survivre en “estripant” la terre, c’est-à-dire en la déchirant, ou en défrichant (estripar). Un truc, un suc, sont des monts arrondis. Un puèg sera une colline plutôt aplatie. Un serre, une montagne. Les mas sont fermes ou hameaux comme les “viala”. Les bories ou bordes étant des fermes, les combes des dépressions.

Tous les fons, lasfons, lafon auront trait à la fontaine, à la source comme les théron, thérondels ou douze alors que le truel sera le pressoir. Les blaque, blaquière, blaquèrerie seront des lieux couverts de chênes blancs, ainsi que tous les rouve ou robe ou roure alors que garric ou garrigue aura plutôt trait au chêne kermès. Les canabières seront les lieux de culture du chanvre et les sègala ceux du seigle. Les orto, hort, hortets seront jardins ou jardinets. Les boissières, boussìères auront trait au buis comme les cadenas ou cadenède aux genévriers alors que les vaïsses, vayssèttes ou vayssière se rapporteront au noisetier et les vernhes ou vergnes à l’aulne.

Il en va de même pour les noms de familles. Les Fabre sont les forgerons, les Teissèdre avec toutes leurs variantes les tisserands et les Pélissiers les peaussiers. Les Bosc, Bousquet, ceux du bois mais Fraisse étant ceux du frêne, les Bessières ceux du bouleau, les Castan ceux du châtaignier. Les Bernat sont des Bernard et les Berthomieu des Barthélemy et les Bénézet des Benoît, quand aux Ferrand ce sont des Fernand et les Géli des Gilles. Si les Fourcadier sont fabricants de fourche, les Fournier sont boulangers et les Mazel bouchers. Les Pons sont “descendants” de divers Saint Pons et les Py seraient nés sous un pin, comme les Nogaret sous un noyer ! Et tous les Del… sont de quelque part, que ce soit Del-mas, Del-pont, Del-jardin ou Del-puech. Nous n’en finirions pas.

Le parler quotidien

L’occitan, loin d’être une langue morte, a fortement influencé le français de tous les Occitans. Des tournures de phrases, des mots, des expressions perdurent dans le langage quotidien des francophones qui sont devenus les “gens du midi”.

Aussi si l’on vous dit “Adieu” ce ne sera pas obligatoirement avec le sens d’une séparation définitive ce sera simplement par sympathie ou amitié que l’on vous dira bonjour ou au revoir.

Si un ami paysan vous parle du champ “planier” (plat) qu’il vient de labourer ce sera en opposition au champs du “travèrs” (coteaux). Vous entendrez peut-être aussi quelqu’ancien vous parler d’un orange ou d’une ongle parce que ces mots n’ont pas le même genre en occitan et en français comme l’enclume, le peigne ou le serpent…

Vous entendrez peut-être dire : “J’ai eu été à Paris” ou “j’ai eu mangé des huîtres”, pour dire j’ai été à Paris mais il y a longtemps et peu de fois, idem pour les huîtres. Transcription directe de la grammaire occitane, comme “je suis été”.

On va vous dire “bougues-toi” pour dépêche-toi ou bien je suis “ensuqué” quand le soleil aura fortement tapé sur votre nuque, mais peut-être aussi le pastis. De même vous “truquerez” en vous cognant le front à un linteau trop bas. Mais vous serez comme une “peilhe” un lendemain de noce, ou après une trop longue randonnée. En passant un ruisseau à gué peut-être “asaquerez”-vous ou vous “traillehrez”-vous (prenez de l’eau dans les chaussures ou vous ferez vous mal à un orteil en heurtant une pierre)

Vous risquez aussi de vous enfanguer en traversant un sagnas ou une sampe (s’embourber dans un marécage)

Bien-sûr si l’on vous dit “me fas cagar” cela n’aura pas le même sens qu’“aller boumer le pantalon”. De même chez nous on déjeune à midi, on dine à midi en soupe le soir, on ne “petit-déjeune” pas…! Et on a plutôt tendance à dire non pas que les Anglais sont bêtes mais qu’ils “pègon” !

Si vous vous faites empéguer par les gendarmes, c’est plutôt eux qui risquent de vous “coller”. En randonnée il y a les lambinaires (ceux qui flânent) et les calvucs ou les cabourds qui sont toujours en train de bartassejer (les fous qui ne peuvent suivre les sentiers).

À la charcuterie vous n’aurez que le choix entre la ventrèche, l’ase farci, le melsat. Mais nous ne sommes pas les seuls, les Occitans, à avoir francisé de… l’occitan ; Les Anglais nous ont emprunté un tas de mots tels “cat” ou “toast” (la tòsta est la tartine).

Alors amis touristes ou nouveaux venus dans l’Occitanie nous souhaitons que ce “librounet” vous fasse découvrir et apprécier cette si belle langue. Vous êtes pour la plupart des “parla ponchut” (des gens qui parlent pointu) à la différence de nous qui avons l’accent de notre langue. Cette langue a des règles. Le “en” ne se prononce par “an” mais “ain” (comme étain).

Mas perqué, perqué m'an pas dich a l'escòla, perqué m'an pas dich lo nom de mon país ?

Claude Martí

« Mais pourquoi on ne m’a pas dit, à l’école, pourquoi on ne m’a pas dit le nom de mon pays ? »

Le “lh” se prononce comme ill français (paille) et le “nh” comme le “gn” français. Et le “y” (qui n’existe pas en occitan mais qui a été utilisé dans les mots occitans francisés), mais c’est aussi une règle de grammaire française, doit être prononcé comme dans “pays”. On dit donc Boïne et non Boine et Reï et non Ré.

L’Espagne reconnaît sur son sol quatre langues en dehors de la langue commune à tous : le castillan. Ces quatre langues ce sont : Le Catalan, le Basque, le Galicien et ... l’Occitan ! L’Occitan parce qu’il est langue officielle dans le Val d’Aran, territoire grand comme quelques cantons français !...

Alors espérons que les responsables politiques auront l’intelligence de réparer le mal fait par leurs prédécesseurs en reconnaissant enfin les langues minoritaires et de combler le retard pris par l’État français dans ce domaine.

*calandreta : école immersive occitane où l’éducation se fait depuis la maternelle en langue occitane. (écoles Diwan en Bretagne, écoles Seaska en Pays Basque)
*trénels : panse de brebis ou d’agneau roulé avec du jambon, cuite au vin blanc et carottes. Spécialité sud-aveyronnaise (dans le nord et l’ouest de l’Aveyron, ce plat est le tripous fait avec de la panse de veau)

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